Camus ; de la révolte a l’absurde.

Camus ; de la révolte a l’absurde.


Jamouli Ouzidane , le Chaomain, tome 2, Vérités et Vertus

Dans « l’Envers et l’Endroit », on voit déjà la pensée existentielle de Camus sur les thèmes désespérants: la mort, l’isolement, le destin de l’Homme…

Camus est passé par trois étapes existentielles: Absurdité, engagement et enfin pénitence.
L’absurdité est la première réalité inhérente à la condition humaine qu’a expérimenté Camus (l’Étranger, le Mythe de Sisyphe, le Malentendu, Caligula).

Dans « l’étranger », Meursault est un intrus indifférent à tous ; à l’amour de Marie comme à la mort de sa mère. Comme Meursault, l’humain se sent « étranger » à lui-même. Il sombre dans le manque de passion. A l’absurdité de son Être, il oppose un acte absurde ; tuer l’autre. Meursault tue un Autre (l’arabe !) sans savoir pourquoi. Coupable mais sans sentiment de culpabilité, il ne réagit même pas à sa sentence de mort qu’il ne peut éviter de toute façon ; Un destin tragique indépassable.

C’est en prenant conscience de l’absurdité humaine qu’on se libère de toute illusion. La nuit précédant son exécution, Meursault, devenu conscient et donc libre, profite résolument des derniers moments de sa vie.

Sisyphe est condamné à devoir pousser un rocher pour l’éternité. A chaque fois qu’il atteint le haut d’une montagne, le rocher retombe à ses pieds :
« Vous avez saisi déjà que Sisyphe est un héros absurde. Il est aussi bien une pensée de passions qu’une pensée de torture. Sa dérision des dieux, sa haine de la mort, et sa passion pour la vie lui on fait gagner cette punition terrible dans laquelle l’être entier est poussé à ne rien accomplir ».

A l’occasion de la mort de sa sœur, Caligula réagit :
« Il est indifférent de dormir ou de rester éveillé, si je n’ai pas d’action sur l’ordre du monde ».
«Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie.». Albert Camus, Le mythe de Sisyphe

Camus voit la mort comme le seul et vrai défi de l’Être. Meursault ne peut échapper à sa condamnation à mort. Sisyphe est condamné à pousser éternellement son rocher. De même, l’Humain subit une suite d’expériences absurdes ; conditions vouées à l’échec fatal. Alors, sans repère, Sisyphe erre dans la nuit blanche ; Une nuit peuplée de personnages absurdes.

«L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde.». Camus, Le mythe de Sisyphe.

Camus expérimente l’absurdité contre l’injustice (la Peste, le siège, les Juste, l’Homme révolté). Il nous parle de l’absurdité du meurtre de « l’étranger » qu’il explique dans Le Malentendu :

«Je sais, par expérience, qu’il vaut mieux ne pas les regarder (les victimes). Il est plus facile de tuer ce qu’on ne connaît pas.»

« La peste » est un emblème révélateur du Mal qui met l’Etre face à lui-même, l’incitant à réagir. Face à la peste, les humains sont confrontés à des réactions absurdes: frayeur, révoltes, soumission, haine, insensibilité, mysticisme, meurtre, suicide … Le docteur Rieux décide de résister ; soulager la souffrance et combattre le fléau commun dans la solidarité.

Dans son sublime essai « l’Homme révolté », Camus explique la révolte libératrice comme une réaction à l’injustice de la tyrannie :
« L’une des seules positions philosophiques cohérentes, c’est ainsi la révolte ».

Pour Camus, l’action est difficile mais elle n’a pas le goût de nausée (Sartre) :
« C’est facile tellement facile de mourir de ses contradictions que de les vivre ».

Camus refuse un engagement qui se transforme dans une révolution totalitaire; L’idée juste n’a pas besoin de force pour se manifester, s’engager et s’imposer.

C’est la question de l’engagement qui fit la rupture de Camus avec Sartre. Camus affirme sa rupture avec l’existentialisme dans « la Chute » et « l’Exil et le Royaume ». Camus s’aperçu que l’engagement ne pouvait aboutir qu’à une réaction aussi absurde que sa cause.

L’engagement est réducteur ; il consiste à combattre en sens opposé à la cause. Ceci ne peut produire qu’une rupture des deux antagonistes alors que la cause est ailleurs.

La compréhension existentielle est une complexité naturelle. N’ayant pas comprit cette complexité, les existentialistes ont déduit que l’Être est une absurdité. De même, lorsque la psychanalyse n’a put saisir la complexité de la « conscience » dira qu’elle est inconsciente. On prend sa limite pour la limite cosmique. On ne peut saisir « la complexité de l’univers » à partir de soi mais à partir de l’ensemble synergique des visions de tous les autres.

L’existentialisme de Camus est un pas crucial dans le refus des deux expériences extrêmement réactives de l’Être : l’absurdité (nihilisme) et l’engagement (marxisme).
Après ses deux expériences tragiques (absurdité et engagement), Camus fini dans la révolte constructive.
Camus rejette le totalitarisme absurde (marxisme) dans « les révoltés » car il ne laisse aucune possibilité de révoltes.

Ce rejet fait sa rupture avec Sartre :
« Je ne vois pas ce que l’inutilité ôte à ma révolte mais je vois ce qu’elle ajoute … Je me révolte donc je suis».

Camus ne réagit pas, il se révolte. La réaction se fait contre le pouvoir présent mais la révolte se fait contre la nature même du pouvoir, de tous les pouvoirs, de tous les temps et de tous les dieux puissants. Camus se révolte contre les lois non pas du jour mais toutes les lois …

Pour Camus, la justice humaine est contradictoire avec la liberté qu’il ne peut concevoir que dans l’Autre :
« La justice absolue est obtenue par la suppression de toutes les contradiction ; elle détruirait donc la liberté ». Albert Camus, les révoltés

«La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre.», Albert Camus, Les Justes.

Le seul dieu absolue qu’accepte Camus est celui de la liberté pour TOUS et non pas celui de la justice. L’injustice est créée par les lois qui sont faites par le pouvoir. La liberté ne peut avoir de lois. Elle est capable par elle même de régir, dans un système auto-organisé, les contradictions qui deviennent ainsi naturelles. Les dieux ne sont pas naturels pour Camus.

Dans des moments de crise, comme la guerre d’Algérie, Camus a refusé de prendre part de l’un contre l’autre :

« Il me semble que l’histoire m’a donné raison. Aujourd’hui c’est à qui tuera le plus. Ils sont tous dans la furie du meurtre et ils ne peuvent faire autrement… Tout le monde aujourd’hui se trouve un peu pestiféré… Et c’est pourquoi, j’ai décidé de refuser tout ce qui de près ou de loin, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, fait mourir ou justifie qu’on fasse mourir ». Camus, La Peste.

!!! Voila l’une des seuls apparitions de Mouloud Feraoun ou il honore Camus !!!

de Mouloud Mammeri :

de Kateb Yacine

Reconnaissons lui toutefois une analyse pertinente sur le besoin de dialogue pour éviter le chocs des civilisations qui a a commencé avant l’heure dans les mouvements de décolonisations …

Jamouli Ouzidane , le Chaomain, tome 2, Vérités et Vertus

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