De l’Art ; État et Perspective

De l’Art ; État et Perspective

Jamouli Ouzidane (peinture : Dans l’océan matière de Josiane Boureaux)

 

I. Présent Moderniste ; Réalité, Expression, Impression
L’art moderne, avec l’impressionnisme s’est détaché de l’art classique, issu de la renaissance en 1874 dans cette fameuse exposition de « la Société anonyme des Artistes Peintres, sculpteurs et graveurs » chez Nadar.

Le modernisme se dispersa dans des courants bouil-lonnant d’imaginations ; néo et postimpressionnisme, ex-pressionnisme, surréalisme, fauvisme, cubisme, peinture naïve, abstraite, figuratif…

Voyons quelques tableaux représentatifs :

- Réalisme : Milet dans « la glaneuse » s’oppose au roman-tisme et aux néoclassiques.

- Impressionniste : Monet inaugure l’impressionnisme avec « Impressions, soleil levant », puis « les meules », « les peupliers », et « les cathédrales ». Il se base sur les reflets, les juxtapositions et les alliances de couleurs naturelles. Les Impressionnistes voulaient recomposer toute la gamme des couleurs à partir de quelques couleurs pures en s’inspirait du modèle chromatique du physicien Chevreul.

- Néo-impressionniste : Seurat dans « un dimanche à la grande Jatte ».

- Postimpressionniste : Van Gogh dans « les blés jaunes ».

- Expressionnistes : Ils ne voient dans l’art que la réflexion de leurs angoisses. L’Expressionnisme abstrait est repré-senté par Pollock dans « Black and White ». L’encre est jetée sur la toile. La chance et la volonté laissent des cou-lées impressionnantes, bizarres et étonnantes. La chance de la Nature et la volonté de l’individu essayent de retrouver leur harmonie.

- Fauvisme : Matisse dans « la desserte rouge » mêle le rouge, le jaune, le vert, et le bleu. Il exalte la couleur contre le bon sens et le pacte social des artistes de l’académisme ! Le fauvisme ne trouve de signification que dans l’éclatement des couleurs. Un éclatement qui donnerait la Lumière qui éblouie et aveugle le sens normative.

- Cubisme : Braque dans « Nature Morte avec Instruments Musicaux » abandonne le paysage vivant pour un paysage mort. Il inaugure une vision nouvelle de l’espace. Le cubisme (Pablo Picasso, Georges Braque, Juan Gris…) inspira Le néoplatisme de Mondrian dans « composition en rouge, jaune et bleu ». L’abstraction est poussée à l’extrême. On a seulement des lignes horizontales et verticales disposées au hasard. Les intersections de ces lignes créent des rectangles. La couleur des rectangles essaye de détruire la symétrie. Des artistes signèrent le manifeste de Stijl qui déclare que les structures mathématiques sont les seules expressions de l’essence des choses. L’art ose pour la première fois l’inceste avec la science !

- Art abstrait : Il n’est pas intéressé par la représentation de l’objet mais par sa signification. Il s’oppose donc à l’art figuratif. Dans le « Carré noir sur fond blanc » et le « Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch, on trouve la détresse expressive. Comment donner un sens à ce qui est abstrait ? Comment figurer la réalité sur une platitude ? Comment suivre des ombres qui se déplacent dans la nuit ? Le peintre joue avec des rythmes dissymétriques en fondant la forme par la lumière.

L’art d’avant garde, comme l’art abstrait avec Piet Mondrian, Barnett Newman ou Mark Rothko, manque de savoir. La nouveauté est insensée sans représentation illus-trative qui donne une perspective imaginaire et potentielle d’une nouvelle réalité.

Le dadaïste recherche la folie des révoltés dans les choses réels en leur enlevant leur ordre mortel pour les ré-arranger dans le déséquilibre, l’irrationnel et l’inutile. Ri-chard Huelsenbeck nous explique « le mouvement dadaïs-te » :
« C’est le rien significatif dont la signification est de si-gnifier quelque chose. Nous voulons changer le monde avec rien ».

Le surréalisme s’attaque au paradoxe, au crypte et donc au mystère. L’impressionniste est attiré par la réalité alors que le cubisme est attiré par la rationalité- conçue qui dépeint l’action de la vue plus que la vue.

La géométrie ne représente nullement l’espace. Elle le déforme dans une extension extrême pour se différentier de la nature. Elle veut créer son propre univers en s’inspirant des géométries euclidiennes.

D’autres artistes viendront plus tard expérimenter des géométries fractales plus ingénieuses car elles se rap-prochent plus de la réalité mais sans la singer.

Le modernisme disparaît aussi vite qu’il n’apparaît dans la mode démodée. Il a disparu car il a mis l’art en face de l’art comme les ecclésiastiques ont mit autrefois Dieu en face de Dieu sans lui donner les autres dimensions de l’imaginaire. La modernité machinale tue l’art !

La post-modernité rejette la réalité moderniste. Elle refuse la dimension- unilatérale du réel- technologique. Elle désire ouvrir la réalité à la complexité virtuelle et à une évolution chaotique intense ; le sondage de sens insensés. Mais ce n’était qu’un désir de plus : un désir qui voulait fondre l’imaginaire dans une idée renouvelée.

L’objet de l’art n’est pas le désir mais la subversion inattendue dont parle Picasso :
« Quand je peins, j’essaie toujours de donner une image à laquelle les gens ne s’attendent pas et qui soit assez écrasante pour être inacceptable ».

II. Futur Immatériel ; Regard, Sens et Hyper- Réalisme
La vision n’est pas un simple phénomène perceptif du regard . L’esprit sélectionne et organise la vague inces-sante d’images reçues par l’œil. Cette sélection résulte d’une instruction cultivée qui devient un instinct.
La Renaissance a introduit une rationalisation géo-métrique de la vision qui se traduit par une nouvelle conception de l’espace et donc de la réalité.

La modernité a introduit les médias qui nous sub-mergent d’excitations visuelles, (télévision, vidéo, écrans informatiques…). Ces stimulations se traduisent par une conception discontinue de l’espace. Ceci crée une confusion entre la réalité et le fantasme qui a non pas vivifié mais tué l’imaginaire.

La pensée a trait avec le regard de l’humain sur la réalité. Le surréaliste refuse la réalité- réaliste avec son pragmatisme, son positivisme et finalement son “mécano- automatisme” décrié en Mai 66. Pour Breton, la réalité n’est qu’une apparence et il veut voir “ce qui se passe derrière les apparences” pour saisir le “hasard- objectif” de Hegel. Breton cherche un “sens” a un monde qui l’a (qu’il a) perdu après la victoire de la bestialité machinale sur l’art occidental dans la guerre mondiale.

L’imagination de la peinture symbolique pose des limites à la réalité mais aussi à l’imagination. Les surréalistes voulaient que leurs “images” soient ouvertes en les remplissant de symboles et en posant des questions avec des solutions ouvertes. En ces temps là, la science et la technologie n’étaient pas prêtes pour leurs dévoiler plus d’imageries à leurs imaginations et donc plus de “sens”.

Le sens que cherche Breton n’est pas seulement l’objectif hégélien et l’objectivation subjective, il veut du “sens” re-lié à l’imagination sensitive. Ceci n’était pas pos-sible car l’art pictural de ce temps avait cinq limites :

1.Dimension ; 2 dimensions du tableau. La réalité a au moins 4 dimensions.

2. Dynamique ; la peinture ne bouge alors que l’imagination est sans cesse dans un mouvement bouillonnant qui est le symbole de la vie. Lors-que l’image se fixe, son sens Imaginaire se “res-serre” sans cesse jusqu’à l’étouffement.

3. Sensation corporelle; L’image est limitée à un seul sens visuel alors que la réalité est perçue par tous les sens. La virtualité veut faire intervenir tous les sens. Elle veut même en rajouter puisqu’elle est débarrassée de l’inertie de la ma-tière.

4. Interactivité ; l’humain interagie avec la réalité. Il n’est pas un simple sujet “voyeur” et réceptacle d’une autre vue- sens. Il s’adapte, influence et crée sa propre réalité et interagit (connexion) avec les autres dans une réalité collective, connective et créative. On crée ainsi un monde autonome dont lequel on imagine et interagit li-brement. On ne vit plus dans une réalité qu’on subit. Le Pouvoir est revenu à l’imagination.

5. Utilité ; l’art symbolique était inutile à l’humain dans sa réalité de tous les jours. L’art était une solitude absurde et tragique. Maintenant, l’artiste est car il offre son art qui rapporte plus que tout travail manuel sur la matière.

La Société de l’Esprit offre la plus-value nécessaire à la matière dont les limites sont en voies de dépassement. 73% de la population active travaille maintenant sur des informations et 80% de la valeur des « produits » vient de la matière grise. Le virtuel est disponible “on time” et “on line” pour être reproduit et téléchargé à l’infini.

Le sociologue, allié des intellectuels, traite du regard relatif extériorisé de la société sur ses agents : les Etres communs dépourvus d’Identités individualistes.

Le surréalisme est un mouvement de révolte contre cette vision collective fermée, aveugle et insignifiante. Il veut créer du sens ouvert. Le surréalisme a comprit l’impor-tance de la vision esthétique mais aussi et surtout de la science de la matière et de la connexion.

L’art du regard est dans une quête de “compréhen-sion” et « d’interaction ». En élargissant le regard de la réalité, il a ouvert de nouveaux horizons inimaginables à l’imagination.

Dans l’Hyperréalisme Post-Moderne de l’IHM (In-teraction Homme- Machine), c’est le regard interne (imagi-nation) des agents qui crée des sociétés potentielles. Chacun vient avec un Imaginaire et toute la société devient une imagination- connectée et non plus un système- social.

La réalité Tribale fait place à une autre réalité ; l’Imagination Connective des Réseaux et sa géométrie frac-tale qui “image” le monde comme une auto génération, une simultanéité et un effet d’échelle qui entrelace macrocosme et microcosme, ordre et désordre, temps et espace, être et autre…

L’art a une vocation fondamentale ; Connecter les imaginaires pour en faire une vision du Monde qui peut être rattachée à un temps passé (mythe), présent (réalité) et futur (sens). Il a pour cela adopté plusieurs langages picturaux.

La diversité des langages est un instinct de conser-vation mais aussi un besoin d’explorer toutes les voies de l’imaginaire. L’art se veut un nouvel espace temps ou se joue la vie, l’évolution et la mutation.

La confrontation créative ne se joue plus dans l’espace verbale des idées qui a montré toutes sa tragédie existentielle mais à la lisière des deux conceptions scienti-fiques ; celle du gène et celle de l’environnement qui s’affrontent sans merci :

Gène ; Nous sommes différends par nature et donc nous ne sommes pas responsable de nos actes ; le racisme, la prédation et l’inégalité sont naturels. L’Être ne pourra être amélioré que par la manipulation génique.

Culture; Geertz disait :
“Our ideas, our values, our acts, even our emotions, are, like our nervous system itself, cultural products”.

Interaction Gène- Culture ; Benedict disait :
« Most people are shaped to the form of their culture because of the malleability of their original endow-ment ».

Il s’agit pour nous de détruire la culture qui nous sépare et nous détruit pour y mettre à sa place l’art qui nous rassemble et nous recrée.

 

Jamouli Ouzidane

 

Jamouli Ouzidane

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