Économie du Don Comme Fondement de la Cité

Économie du Don Comme Fondement de la Cité

Jamouli Ouzidane

« On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais on la met sur le chandelier afin qu’elle éclaire »
Les évangiles de saint Marc (IV,21) et de saint Matthieu (V,15)

Pourquoi le Don
On peut introduire la compréhension du don en méditant les conseils du père de Jules Valles à son fils lorsque ce dernier a jeté une croûte de pain par terre (voir « L’enfant ») : « Mon enfant, m’a-t-il dit, il ne faut pas jeter le pain ; c’est dur à gagner. Nous n’en avons pas trop pour nous, mais si nous en avion trop, il faudrait le donner aux pauvres. Tu en manqueras peut-être un jour, et tu verras ce qu’il vaut. Rappelle-toi ce que je te dis là mon enfant !. ».

on peut conclure que :
– il y’ a des gens qui gagnent beaucoup de pains sans efforts. Ce sont les exploitants pervers qui ne connaissent plus la valeur du pain, du travail et de la sueur. Si ces gens gaspillent tant, c’est seulement pour se prouver à eux-mêmes qu’ils en ont suffisamment pour ne jamais manquer de rien !. Alors que l’orgie continue !.

– ces gens ne donnent plus ce qu’ils ont en surplus. Ils ont plutôt peur d’être dévorés par ces millions d’autres bouches affamées, misérables et sauvages. Cette peur est une phobie du à un sentiment de culpabilité !.

– ces gens réalisent bien au fond d’eux-mêmes que c’est possible qu’ils puissent manquer un jour de pain. Les bourses sont instables !. Ils sont obsédés par ce fait. Ils sont terrorisés par le futur. Ils savent qu’ils seront alors seuls à affronter leurs égoïsmes et la revanche de ceux qu’ils ont affamés. Si on n’est pas responsable des autres, alors personne n’est responsable de vous !. Le résultat : on est désespérément seul et on a en plus peur des autres !.

Les conseils économiques du père de Vallès sont simples, complaisants et tellement naturels : travailler durement et honnêtement pour gagner sa croûte, ne pas voler la sueur des autres, aider les pauvres, sentir les faibles et se solidarisez avec tous les autres.
Fustel de Coulanges disait :
« Le moyen d’être heureux est de ne pas penser à soi, de travailler pour autrui, de se donner à une œuvre, à laquelle on a foi. Les hommes n’ont pas encore trouvé d’autres moyens d’être heureux. Les jouissances déplaisent vite. L’ambition n’est jamais satisfaite. La seule chose qui toujours trouve sa satisfaction et sa récompense, c’est le dévouement. ».

L’économie mondiale actuelle crée une rivalité car on doit avoir de l’argent pour acheter sinon on meurt de faim !. Pour avoir de l’argent, il faut vendre, pour vendre, il faut  faire la guerre aux autres « concurrents » !.

Nous proposons un paradigme économique basé sur le don, le partage, et la nature : une harmonie entre notre nature et la Nature dans laquelle on vie !. Une Nature qui insiste sur la survie de l’espèce et non plus sur celle de l’individu !. Cette survie est assurée lorsque le fort aide le faible à se relever. La nature n’est pas une charité métaphysique, un concept égalitaire ou une éthique transcendante. C’est une évolution de l’espèce par le don entre ses individus !. La nature crée les individus différents non pas pour se dévorer mais pour mieux s’adapter en se soudant par le don !. Dans l’économie de la nature, l’objectif n’est pas le profit de l’individu mais le profit de l’espèce humain !. Il n’y’ a donc pas de guerre mais une harmonie !. L’exploitation perd tout son sens !. Le marché libre obéit à la Nature de l’individu et à celle de l’environnement !.

Nature du Don
La Civilisation occidentale continue sa chute grâce à une économie qui favorise un individu ou un groupe d’individu contre les autres. La société ne peut jamais être la somme des individus, des intérêts et des égoïsmes. Le don a permis aux sociétés archaïques de survivre malgré leur précarité (famine, maladie, et guerre).

Je prévient le lecteur que je ne suis pas un économiste. En effet, Il n’y’ a aucun traité d’économie qui parle de dons, d’amours et de poésies !. Enfin, j’espère que l’on palliera à ce manque dans la Cité Universelle en regardant le don comme un des facteurs principaux de la survie et de l’évolution d’une société car

– Le don n’est pas un acte gratuit qui fait perdre à son donneur une « richesse ». C’est humiliant pour celui qui reçoit et qui ne rend pas. Le receveur a le devoir de rendre sous la forme d’un contre don.

– le riche est celui dont les biens sont chez les autres et non dans la banque!. La valeur est préservée. Il ajoute une autre valeur. On lui doit la reconnaissance morale, le respect et l’estime !.

– On doit mériter le don en étant soi-même reconnu comme un donneur. Le don créé le don !. On donne volontiers à celui qui donnait !.

– Le don n’est pas de la charité car la charité est humiliante pour celui qui la reçoit !. Le don est perçu comme un « prêt » devant une précarité que le receveur rendra dans des conditions plus favorables et que le donneur recevra surtout si ses conditions redeviennent défavorables. Le don devient ainsi une « assurance » devant la précarité de la vie sans payer aucune assurance !. Le futur n’est pas dépressif  tant que « le groupe » est soudé !. Avec le don, on reçoit une bouffée d’oxygène pour se remettre sur ses deux pattes et affronter la vie. Le don donne donc du travail et non de la charité.

– le don est un acte « sociale ». L’échange fait des liens « humains » entre les éléments de la société.  La « vente » et « l’achat » ne noue aucun lien humain entre le vendeur et l’acheteur qui ne se voient même pas maintenant avec les achats à distance !.

– le don se fait solennellement dans des cérémonies pour avoir des témoins. Dans les fêtes, on paye ses « dettes » publiquement. On célèbre ce lien par l’hospitalité, la nourriture et la fête !.

– le don est aussi l’échange des femmes et donc l’échange de relations sanguines qui font des liens entre les communautés et les individus !. Le don tue l’inceste !

– les objets échangés sont des « présents » et non pas des « biens » !.

– l’acte du don est sacralisé par le symbole qu’il montre lors des offrandes aux dieux !.

– le don est aussi un acte de séduction qui demande qu’on apprécie, qu’on aime et qu’on honore le donneur !.

– le don tue la rivalité. Le fort a le devoir d’aider le faible sinon la communauté le voit en tant que radin. Il sort de la solidarité, de l’estime, et de la valeur du groupe. Le faible ne jalouse plus la richesse du fort, un fort qui devient, par la grâce du don, son soutien et non plus son ennemi !.

– le don permet aussi des liens entre générations. On donne aux enfants ce qu’on a reçut de leur père lorsqu’il était vivant. Le donneur lègue ainsi une richesse de don à ses enfants. La générosité du père est transmise à l’enfant. Les obligations de don continuent dans les générations. Cette continuité est un facteur déterminant dans la continuité et donc l’évolution de l’espèce.

Le Don et la Valeur
Le don est tué lorsqu’on a voulu donner une « valeur », une « mesure » et un « prix » au présent en créant la monnaie. La perversion de l’échange est comme suit :

– la monnaie donne un « pouvoir » d’achat pour son possesseur. Le pouvoir est ici signe de conflit.

– la monnaie  n’a pas un usage social alors que le dont en a un. Il noue les liens entre la société !. La monnaie permet de circuler les « biens » et donc les « inégalités » et les jalousies, alors que le don permet de circuler la « solidarité » et donc la confiance qui permet aux hommes de se sentir en sécurité grâce à la solidarité des autres !. La force de l’ensemble est une protection. Dans une société moderne la force de la société ne donne aucune protection au faible !.  Même le fort sait que s’il tombe un jour, il sera perdu sans aucune pitié car il n’a pas lui-même aidé les autres !. Le futur n’est pas acquis, l’incertitude est toujours là !. Les gens sont angoissés de ne pouvoir perdre leur travail, leur pouvoir d’achat et même d’être incapable de payer leurs obsèques !.

– la valeur du don est dans « l’honneur ». Un honneur qui donne une position d’honneur à son donneur. Celui-ci ne perdant pas son bien puisqu’il sera restitué. La valeur de la monnaie ne donne aucune valeur d’honneur a son possesseur. Ce n’est pas un hasard qu’on se déshonore même pour de la vulgaire monnaie.

– les relations entre donneur et receveur deviennent des relations entre vendeur et acheteur, producteur et consommateur ou importateur et exportateur. Il n’y ’a pas de liens humains entre ces deux antagonistes. Ils ne se voient jamais !.

– la monnaie est détachée de son possesseur alors que le don est attaché à son possesseur. Celui qui le reçoit est lié à celui qui le donne. Il doit se rappeler toujours de celui qui lui a donné, de celui qui l’a aidé et de celui qui ne l’a pas oublié durant les périodes troubles !. Ce lien crée une mémoire sociale

– Les banques transforment le don en crédit. Un crédit qui demande un intérêt. Un intérêt qui est à la base de la perversion de l’économie mondiale puisque l’intérêt n’a pas de valeur marchande. C’est l’intérêt sans travail qui est la cause de l’exploitation et des crises monétaires à l’échelle mondiale!. Le profit est mesuré selon un ratio qui mesure le succès de la banque. Ce ratio est égal au profit divisé par le fond propre. La richesse n’est donc pas réelle. L’intérêt est ainsi un vol !. L’intérêt doit venir du travail et non du prêt !. Pour être rentable, le prêt va donc se faire seulement sur des activités lucratives !. On ne prête aux pauvres que pour les affamer encore plus. Lorsque l’individu s’individualise, il remplace le don, qui est une vocation sociale, par le vol, qui est une vocation individualiste !. Ce prêt sert à tuer le pauvre au lieu de l’aider puisque ce dernier croule sous les intérêts. Les pays du Sud ne peuvent décoller leur économie car les intérêts de leur dette absorbent complètement leurs sueurs. Seulement lorsque le Mexique ou le Brésil ne voudront plus ou ne pourra plus payer, ce sont les riches qui seront menacés dans leurs richesses. Une richesse qui est maintenant bâti principalement grâce à cette exploitation. Aider les pays du sud à se relever, c’est aider les économies du Nord à vendre !. On ne peu vendre si on a ruiné l’acheteur !. En voulant tout avoir, on perd tout !. L’équilibre est le génie du Don !. L’aide est ainsi une forme d’exploitation alors que le don archaïque est vraiment utilisé pour aider le faible !.

– même lorsque l’occident veut donne aux pauvres, il appelle ceci une « œuvre charitable ». Il humilie ainsi le receveur !. La charité n’est pas une obligation du riche alors que dans les sociétés archaïques le don est un devoir du riche s’il veut garder son statut honorifique !. Les gens se ruinent même pour l’honneur !.

Jamouli Ouzidane

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