Expliquer la Barbarie au peuple

Expliquer la Barbarie au peuple

Jamouli Ouzidane : AlgerieNetwork

Pour comprendre la pensée du « Prince », lisons Machiavel :
« Il faut qu’il (le Prince) bâtisse de nouvelles villes, qu’il détruise les anciennes, qu’il transplante les habitants d’un lieu dans un autre; enfin qu’il ne laisse rien dans cet état qui ne subisse quelque changement, et qu’il n’y’ ait ni rang, ni grade, ni honneur, ni richesse que qui le possède ne les tienne du conquérant. Il faut qu’il prenne pour modèle Philippe de Macédoine, père d’Alexandre, qui avec ses moyens, de petit roi qu’il était, devint le maître de la Grèce. ».

La psychanalyse nous donne beaucoup de lumières sur les relations parentales entre le Prince et le peuple ;
Il joue le rôle du père;
– il représente l’autorité.
– il accapare la parole et la décision.
– il distribue les avantages selon ses préférences.
– il ne supporte pas la moindre contestation.
– il écarte les contestataires.
Il se comporte aussi comme une mère;
– il affectionne.
– il protège.
– il couve.
– il favorise.

 

La crainte du système se traduit comme suit :

– Le terrorisme de groupe  oblige l’individu à se soumettre aux valeurs, croyances, et opinions du groupe et donc du Prince. Le harcèlement moral (« mobbing » ou « stalking » en anglais) est réprimé par la loi dans pays anglo-saxons. Ce harcèlement conduit à la destruction psychique de l’individu par une « violence » sans traces.

– Le Prince a beaucoup plus besoin d’ignorants que de savants car il ne se fortifie que par ceux qui ne connaissent pas sa faiblesse. Pour montrer sa force au peuple, le Prince a le besoin de violence. La violence est sa seule crédibilité. Il légitime la violence seulement de sa part tout en mettant dans l’illégitimité toute forme d’opposition. Le Prince est une brute qui ne reconnaît que son instinct de violence, de domination et de  règne !. La violence injuste du Prince terrorise le peuple par la peur de la peur jusqu’à ce que le seuil de cette peur soit dépassé. La contre – violence s’installe alors dans la guérilla… Une contre violence réprimée dans le sang par un Prince qui ne vit que par cette violence !.

– Les rivalités et les animosités sont brodées entre les personnes en leur faisant les mêmes fonctions ou en interconnectant leurs cercles de compétences. Le maître va donc multiplier les complots, les diversions et les ambitions. Pour cela, il fabriquera plusieurs parties de la même tendance. Qui est alors plus démocratique que la liberté ?, plus socialiste que la société ?, plus nationaliste que la nation ?, ou plus religieux que Dieu lui-même ?. Qui est alors le plus juste ; la nation, le socialisme, le nationalisme ou la religion ?. L’opposant devient ennemi et on ne vit que par l’ennemi !. On sait que si l’ennemi part, on a plus de raison d’exister !. N’est-on pas beau seulement parce l’autre est laid ?. Chacun va créer une hostilité pour attiser les faveurs de son maître. Tout le monde devient ennemi de tout le monde !. Ceci s’appelle « diviser pour mieux régner ». Le sage maître est quémandé pour jouer le rôle de juge dans les conflits qu’il a lui-même enfanté, nourris et prémédité.

– Les masses qui ne sont pas affiliées dans le clan du Prince sont ignorées. Cette masse se contente des miettes de la fiesta. Cette masse ne représente aucun danger pour tout pouvoir, et ne peut donc être utilisé pour tout autre clan. Sa conscience est dépourvue de toute résonance sociale. Elle accepte n’importe quel berger et supporte n’importe quelle humiliation. Il faut juste l’occuper à s’alimenter comme on le fait si bien dans un poulailler. L’humain devient une misérable régression dans sa fusion dans la masse. Il se plie à la bestialité du Prince comme se pliaient avant les primitives aux divinités animales. Pascal parlait ainsi de la misère : « Bassesses de l’homme jusqu’à se soumettre aux bêtes, jusqu’à les adorer. ». Pour se faire adorer, il se faut se faire craindre. On adore les dieux beaucoup plus par crainte de l’enfer que par récompense du paradis. Le Prince, comme Dieu doit faire « croire » à tout prix au peuple sa force et même sa férocité plus que sa justice. On montre et on répète sans cesse aux peuples la force du Prince qu’il finit par la « croire ». Le Prince sait que le peuple peut se soulever contre l’injustice mais jamais contre la force. On n’obéit à la force plutôt qu’à la justice. C’est la seule chose que le barbare a apprit des animaux !. Il a mal apprit car les animaux obéissent à la nature et non à la barbarie !. Dans la nature, il n’y’ a ni injustice et ni révolte !.

– Les compétences pouvant représenter un danger potentiel (soit la prise du pouvoir ou soit pour la prise de conscience des masses) sont mises à l’écart par un harassement continuel. Le pouvoir manipule les masses en diluant les rumeurs, les mensonges et les calomnies pour diabolizer les esprits libres. On rend ainsi l’opposant comme un fou pour dire qu’il est violent et légitimer ainsi la contre violence contre lui. La masse se chargera d’emmener au bûcher ses génies dans un décor hollywoodien. Les génies sont les hommes qui selon Montesquieu peuvent voir « loin, juste et bon. ». Céline disait « je suis comme le chien du Pôle Nord qui crie lorsqu’il voit un danger que personne d’autre que moi ne voit, le peuple pense que j’aboie… » …

– Le pouvoir machiavélique est un pouvoir très instable. On assiste alors à la chute du père et à l’arrivé du « fils » qui veut copuler les femelles du bétail dans cette masse sans âme, sans conscience et sans lumières. Le « fils » ne vient pas d’une filiation héréditaire, légitime ou humanitaire mais plutôt d’une filiation bestiale, impure et débile.

Des villes seront rasées radicalement avec leurs bâtisses et leurs cimetières. Les vieillards, les bébés, et les femmes qui restent seront affamés. Le vainqueur enchaîne à sa Jeep sa proie et la fait défiler dans les villes de néon en fête. Les disparitions, les tortures, les persécutions laconiques, et les profanations déchirantes des droits de l’homme sont monnaies courantes. On veut terroriser la victime et lui montrer son sort s’il sort des lois de son prince : les lois de la république populaire et démocratique. Le Prince, comme Dieu, détient la Vie dans sa main. Les victimes sont envoyées aux lions dans cette arène avec les ovations d’un auditoire en délires. Je vois des cadavres calcinés, des organes arrachés, des orbites dénudées et des résidus de cendres. Le peuple kurde reçoit une pluie terrassante de Napalm. Accablé, éreinté, et échiné par l’écrasement, l’impuissance, et la débâcle, la foule désordonnée reste à terre, inanimée, gémissante et sans défense devant la gloire, l’orgueil, les acclamations et les lois divines du Prince.

La sociologie et la psychanalyse sont des sciences capitales pour la compréhension des phénomènes de pouvoir. Les groupes et les clans sont les éléments indispensables pour acquérir et puis garder le pouvoir. Ces clans étaient basés en général sur des affinités tribales et régionales. Cet aspect a été largement exploré par Ibn Khaldoun dans la sociologie nord-africaine. La cohésion sociale était assurée par un « consensus social » où le Prince garanti la sécurité d’une insécurité qu’il a lui-même créé et entretenu. Pour cela, le peuple accepte de se soumettre. Ce consensus instinctif se trouve menacé par des facteurs psychiques. En effet, la sociologie dynamique nous montre que d’autres affinités naissent sans cesse avec le temps; religieuses, linguistiques, politiques, culturelles, psychologiques et maintenant tout est bouleversé par Internet qui crée de nouveaux « sites » et de nouveaux « web » humains .

– Montesquieu a bien prévenu :
« Un gouvernement libre, ne saurait se maintenir s’il n’est pas, par ses propres lois, capable de correction… Un empire fondé par les armes a besoin de se maintenir par les armes. ».
– Aristote aussi :
« Le propre du tyran est de repousser tout ce qui témoigne d’une âme fière et libre. ».
– Et bien sûr Voltaire :
«  Tandis que les deux rois faisaient chanter des TE Deum chacun dans son camp, il passa par-dessus des tas de morts et des mourants. ».
– L’ambition des princes est celle d’Alexandre le Grand :
« Si mon père conquiert tout, que me restera-t-il à faire moi?. ».

Que font les citoyens devant ce destin de la Cité qui leur échappe ?. Ils suivent aveuglément les courants occultes. Eux et leurs Princes finissent toujours par s’échoir dans la Nature. La Nature est toujours la plus forte !. Ce destin me rappelle ces vers que chante Victor Hugo dans « Les Rayons et les Ombres » :

« Oh ! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l’aveugle océan à jamais enfouis !. ».

Dans une dictature, les citoyens perdent leurs âmes. Machiavel disait : « J’aime ma patrie plus que mon âme. ». Il ne s’agit pas d’une singularité qui se solidarise avec le groupe, mais d’une singularité qui s’efface dans le groupe pour perdre son âme !. Dans une dictature tout est en réalité mensonges, peurs et ennuis !. La réalité se dissimule sous le masque de la séduction, de l’ivresse, de la sublimation, de la terreur et de la perversion !.

Dans une dictature, les citoyens perdent aussi leur corps. Le dictateur n’a rien de valeureux. Les anciennes guerres tuaient des soldats étrangers, armés et volontaires dans des combats d’honneurs. Le dictateur utilise des mercenaires “frères”, “cousins” ou “camarades” qui exterminent les enfants, les femmes et les vieillards de leur propre peuple. Le meurtre est lâche, ignoble et inhumain. C’est une sale guerre qui doit être plutôt considérée comme un crime contre l’humanité !.

Pour asseoir son règne, le Prince insiste sur trois choses; la nécessité de la souveraineté nationale, un état centralisé et une mission politique dirigée par sa famille et sa tribu. Le monstre remplit donc une disposition génétique par le sang, une position fonctionnaliste par l’administration et enfin une attitude typologique par le centralisme. Il crée ainsi un univers sans histoire qui fonctionne par la tradition, le mythe et le transfert.

Le Monstre se prend pour Dieu. Le pouvoir devient sacré avec des rituels magiques dans l’usage du pouvoir. Pour asseoir son règne dans l’éternité et dans nos mémoires, comme tous les Dieux, le Monstre construit une architecture d’inclusions et d’exclusions.

Le Prince paraît être un génie puisqu’il a put déjouer d’innombrables coups d’états. En réalité ce génie est particulier car il n’est pas un génie d’esprit mais d’insanité.

Jamouli Ouzidane : AlgerieNetwork

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