Hamlet ; Un Spectre diabolique

Hamlet ; Un Spectre diabolique

La tragédie de Hamlet est aussi vécue par Hugo Barine le héros des « Mains Sales » (Sartre), par Raskolnikov le héros de « Crime et Châtiment » (Dostoïevski) et par Lorenzo le héros de « Lorenzaccio » (Musset). Hamlet va sacrifier sa vie pour honorer un mort. Raskolnikov va se dénoncer à la justice. Seul Hugo comprendra, trop tard, qu’il s’est fait avoir par la comédie de la vie : le pouvoir est une parodie mortelle qui nous cultive dans la croyance.

Hamlet fait un théâtre pour faire surgir la Réalité qui ne se révèle que devant la mort car ici rien ne sert plus à jouer. Sans gravité, les voiles tombent. Hamlet voulait en finir car il réalisait que le Vrai Savoir est au bout de la Mort ; Dans l’horizon de Planck !

Lorsque Hamlet prend enfin la décision, elle finit dans un bain de sang. Hamlet tue le roi corrompu. Il tuera Polonius qui l’espionne en le prenant pour Claudius. Gertrude est empoisonnée par erreur par Claudius qui a ciblé Hamlet. Ophélie se suicide. Hamlet sera aussi tué. Tout le monde meurt bien un beau jour !

Hamlet n’est pas le seul fils que la vérité spectrale hante. Il y’ en deux autres : Fortinbras (fils du roi de Norvège) qui veut reconquérir ses terres et Laërte (fils de Polonius, le premier ministre de Claudius). Ces fils qui veulent reprendre le trône nous ramènent à une méta-physique du sang sacré. Ils représentent la tragédie de tous les fils de la terre. Tous héritent du meurtre de leur paternel (dieux, patrie ou père) et tous ont des vengeances-mémorables à assouvir. Le meurtre a commencé la pièce et mis fin à la pièce mais avec une nuance ; Les fils se réconcilient avant dans une sagesse fraternelle :

− Hamlet mourant votera pour Fortinbras :

« Je prédis que Fortinbras sera élu et je lui donne ma voix qui meurt. ».

− Fortinbras fait l’oraison funèbre de Hamlet :

« Sur son passage, que la musique et le rite des ares témoignent hautement de sa valeur ».

− Laertes mourant va échanger le pardon avec Hamlet :

« Notre noble Hamlet, échangeons notre pardon ».

 

En échangeant des pardons avec Laertes (après avoir tué son père), Hamlet reconnaît ainsi que ce meurtre n’a pût dépasser la réalité fatale de sa finitude.

On a une histoire saisissante ; Au début de la pièce, on a la Naissance de Fortinbras (Fils) et la Mort de son Père. A la fin, le Fils (Fortinbras) aura le règne. Le cycle vie-mort se répète, s’enroule et s’enchevêtrent sans fin, semble t-il, à notre échelle humaine.

Le père génique est un code instinctif que notre corps transmet machinalement par notre suicide. Nous enfantons, passons le code et mourrons ensuite. Le Père Original exige la mort du fils pour immortaliser son code…

Hamlet est obsédé par la mort de son père et non pas par son père. Avec la mort de son Père, Hamlet réalise qu’il est lui aussi mortel. Dans un enterrement, c’est notre propre mort qu’on pleure plus que celle du défunt mais on ne veut pas le penser ! Le défunt qu’on a aimé et côtoyé toute sa vie n’est plus. L’Etre ne peut demeurer. Il n’existe plus et la mort existe bien, existe toujours !

Hamlet est obsédé par la mort de son père (ou de sa mort) et non pas celle de l’humanité. La mort ne touche pas seulement le Père mais toute l’Humanité en déphasage ; c’est la plus grande faucheuse.

La vraie question est d’ « Etre ou de ne pas Etre ». Une question qui change de sens ; le désir laisse place à la volonté. On ne peut jamais Etre. Ni le meurtre et ni le suicide ne peuvent venir à bout de la mort ; au contraire, ils l’irriguent. Hamlet nous apprend que le meurtre est un suicide ; tuer l’autre ramène aussi sa propre mort.

Il n’y’ a aucun refuge dans l’indifférence, la comédie, la lâcheté, la maladie, la folie, le délire, le meurtre ou le suicide.

« Est-il plus noble de souffrir les coups et les flèches d’une fortune injurieuse ou faut-il s’armer contre un océan de douleurs, résister et y mettre un terme ? ».

La mort de Hamlet n’est pas une fin théâtrale tragique mais une nécessité naturelle pour recréer un autre devenir qui dépasse sa limite bio cognitive. Nous n’avons ni à tuer nos dieux, ni à nous révolter contre eux et ni à nous accrocher à eux. Les Dieux qui tirent sur la ficelle du destin n’existent pas dans ce monde ! Ce sont des spectres illusoires que des docteurs sorciers inventent pour affirmer un pouvoir magnétique sur nous. Seuls les gènes qui programment notre mort cellulaire existent réellement pour régénérer leurs codes.

Etre ou ne pas Etre est Croire ou ne pas Croire. L’Etre est une croyance. Hamlet veut la connaissance au-delà de la croyance en sachant qu’il ne peut savoir sans croire et croire sans savoir ; son dilemme est profond. Réalisant ses limites, il ne pouvait que se suicider. Se mettre face à la mort pour savoir enfin. La mort est le seul maître et le suicide est la seule libération du maître.

La Nature a décidé d’Etre une liberté qui refuse toute soumission. Nous sommes nos propres Dieux avec nos volontés entre nos mains. Je ne peux me réduire à un sadique qui ne jouit que de sa propre souffrance ; un désir de peur, une peur du désir

La mort n’exorcise pas la mort. On ne combat pas la mort par un désir de vivre mais par une volonté de ne pas mourir en régénérant. Une volonté de « Savoir Devenir ». Hamlet est avant tout une imagination impensée de Shakespeare ; une image qui sort de son mental dans un rêve sans corps qui voit la nuit plus que le jour :

 

Weary with toil, I haste me to my bed,

The dear repose for limbs with travel tired;

But then begins a journey in my head,

To work my mind, when body’s work’s expired:

 

For then my thoughts, from far where I abide,

Intend a zealous pilgrimage to thee,

And keep my drooping eyelids open wide,

Looking on darkness which the blind do see

 

Save that my soul’s imaginary sight

Presents thy shadow to my sightless view,

Which, like a jewel hung in ghastly night,

Makes black night beauteous and her old face new.

Lo! thus, by day my limbs, by night my mind,

For thee and for myself no quiet find.

Shakespeare, Sonnet XXVII

Jamouli Ouzidane



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