Algérie : les dessous des cartes du malaise social

Jamouli

 » Je lui confessais mon dégoût pour le monde, mon horreur de me trouver dans la compagnie des hommes, mon chagrin chaque fois que je constate combien ils s’éloignaient de la vérité… « , Cheikh Abdou

Notre ministre du Commerce, Mr El Hachemi Djaaboub, a annoncé que le gouvernement va imposer un contrôle des prix drastique sur certains biens de consommation afin de freiner l’inflation élevée qui est en train d’alimenter des conflits sociaux qui peuvent dégénérer dans une émeute de la faim si rien n’est fait. Un Projet d’amendements sur la concurrence va permettre au gouvernement de contrôler les prix et fixer des sanctions beaucoup plus sévères pour les commerçants malhonnêtes qui font les prix qu’ils veulent et ne remboursent pas les taxes sur les profits scandaleux qu’ils perçoivent.

L’inflation en Algérie a été de 5,7%r l’an dernier contre 4,4% en 2008, selon des chiffres officiels. Ces chiffres sont en contradiction avec la réalité qui confirme des augmentations exorbitantes de prix à deux chiffres.

Ceci entraine une baisse significative du pouvoir d’achat de la classe moyenne qui a complètement disparu en bas de l’échelle. On a maintenant uniquement deux classes ; une opulente et une autre à la limite de la pauvreté. Ceci entraine un malaise social profond qui peut dégénérer. L’Importance d’une classe moyenne est fondamentale pour la paix civile.

Causes, raisons et conséquences du conflit social:

1- Les commerçants qui font une spéculation indigne sont les responsables premiers de ce désastre économique dans un pays si riche. Ces commerçants sont des criminels et doivent être punis. L’Impunité des commerçants est un encouragement à faire plus de pognons en moins de temps possible au détriment de la société. Des monopoles géants de la chaine alimentaire (par le monopole du sucre, du café, de l’huile…) en dehors de tout contrôle de l’état se sont ainsi constitués et font la pluie et le beau temps. Ces commerçants indignes sont en train de scier la branche sur laquelle ils se tiennent : notre société !

2- Le deuxième responsable est l’État qui ne contrôle plus rien ! Il se contente de dépenser au lieu de penser! Il s’est ainsi lancé dans des dépenses publiques pharamineuses dans le génie civil sans avoir la science de gestion de projets. Une jeune équipe inexpérimentée qui contrôle des multinationales avec des chantiers de milliards de dollars. Nous n’avons pas l’expertise éducative, scientifique, technologique, et économique pour suivre quoi que ce soit !

L’Algérie devient un immense chantier à ciel ouvert qui fait le bonheur des sociétés étrangères, mais pas celui des travailleurs algériens. La main d’œuvre chinoise contre la main d’œuvre algérienne. Est-ce que l’Algérie a besoin d’un mâcon ? On n’a aucun transfert de technologie. En effet, les étrangers ramènent avec eux leurs ingénieurs et leurs équipements et puis repartent. Le modèle algérien clé en main de l’industrialisation revient en galop.

On n’a rien appris des modèles de développement industrialisant. On a changé le coopérant français par le chinois. C’est une très bonne chose, car une alliance avec la chine est de notre intérêt stratégique pour sortir de la colonisation française toujours présente. Reste maintenant à apprendre des Chinois !

3- Nous avons fermé toutes les usines de cette ère industrialisante et nous avons mis à la porte les travailleurs qui avaient 25 ans d’expériences pratiques et qui se sont justement  reconvertis non pas dans les nouvelles technologies, mais dans le magasin alimentaire : le cout perdu dans la formation de ces ingénieurs. La construction et le maintien de cette industrie a été un vrai gouffre financier. Quel gâchis de compétences humaines et de ressources financières !

4- La situation de crise est la conséquence directe de la faillite de l’université qui devait prendre en main l’éducation. Malheureusement, elle ne forme que des diplômants que les sociétés étrangères refusent d’embaucher pour incompétence. Et pourtant, le secteur concerne le génie civil et non pas le génie spatial ! Notre université est en crise ; elle ne demande que des augmentations de salaire et des logements. De même pour tous les autres secteurs comme la santé, l’administration, la police …

5- La raison profonde de ce malaise social est aussi d’ordre culturel : l’État providence qui subventionne tout depuis la crèche jusqu’au cimetière. Il est temps que l’algérien oublie l’état et prend son destin en main! Il peut continuer à maudire cet état autant qu’il voudra : ceci ne changera en rien à son état ! L’incompétence de l’état n’est ni la raison et ni la cause de notre maladie, mais notre propre incompétence. L’état n’est que l’image d’une société; la somme de ces composants.

6- Les sociétés avancées sont basées non pas sur leur état qui ne récolte que les taxes, mais sur le génie premier de leurs citoyens qu’il faut informer et former ! Cela nous coutera de l’argent, mais l’ignorance nous coute beaucoup plus : du terrorisme jusqu’au conflit social qui nous dirige droit au Chaos. Nous sommes tous les responsables premiers et derniers ! La ferveur sportive nationaliste qui a pris l’Algérie devrait canaliser son énergie dans la ferveur du travail : gagnez le combat des sciences et on gagnera alors le combat de la démocratie, de la modernité, de la liberté et de la dignité humaine !

Jamouli Ouzidane

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