Pierre Dortiguier ; De la nécessité de plier le clergé ou les imams, à » la science »

Entretien réalisé par Jamouli Ouzidane

Les faits : – On vous a vu Monsieur Dortiguier dans des interviews donner votre avis en tant que professeur de philosophie sur des thèmes politiques comme la situation tant en France qu’au moyen orient, en Iran, en Afghanistan. On vous a même vue débattre sur la franc maçonnerie (et le chiffre 11) ou le 11 Septembre.
– On a vu des hommes scientifiques comme le philosophe Edgar Morin, le physicien Bricmont, le linguistique Chomsky se faire lyncher dans la vie publique par les médias du politique à cause de leurs critiques d’Israël.

-On a aussi vu les intellectuels communautaire sionistes français comme BHL, Gluxman, Adler défendre les intérêts d’Israël au dépend de la France. Il sont devenus des prêtres guerriers des temps modernes qui justifient la guerre au politique …


Le contexte – Je rappelle juste pour le contexte de ma question l’ouvrage classique de Max Weber sur le savant et le politique dans ses conférences de 1119 à l’université de Munich ou il expliquait la différence de champs des deux entités ; le politique donne des jugements subjectifs et prend position alors que le savant traite d’objet qui obéissent à des lois universelles, quantifiables et reproductible jusqu’à la falsification de Popper.
– Je rappelle aussi l’affaire Sokkal qui traite des méfaits par exemple de l’introduction d’un champ de pensée dans un autre ici l’introduction des sciences exactes du chaos dans les sciences sociales (le post-modernisme et l’utilisation de mots flous).
Les Questions :

1 – Que pensez-vous de cette incursion virale du scientifique dans la vie politique et médiatique.

2- Pourquoi une opinion d’un savant vaudrait mieux que celle d’un politicien ou un citoyen quand il s’agit de bon sens.

3- Qui manipule qui ici … est-ce que le politicien utilise t-il le savant pour donner plus de crédibilité et d’adhésion a un acte politique … les savants, philosophes, artistes … ont toujours accompagné les rois … on l’a vu dernièrement avec BHL dans le support de la décision de Sarkosi d’envoyer des troupes en France..

4- le savoir est pouvoir disait Descartes, Qui doit décider et prendre le pouvoir dans la cité ; le savant ou le politicien !

Pierre Dortiguier

1. Votre expression est  juste, car il s’agit véritablement d’une infection du corps politique et social, de son aspect organique ainsi affaibli par des impositions de « modèles » scientifiques auxquels nul ne prête plus de crédit, sauf à les considérer comme de pur slogans mobilisateurs. Ce sont des discours de préaux d’école, comme on en tenait à l’époque des instituteurs laïques, du genre de ceux que vous avez connu en Algérie de la part de nos compatriotes expatriés : la séparation entre jugement subjectif et scientifique est artificielle. Je sais que l’illustre Allemand Weber a séparé, sur un plan logique, ce qui ressort d’une finalité pratique, d’une expérience et d’un caractère national, par exemple, de ce que l’on peut entendre par un autre secteur des sciences exactes, où en fait, c’est l’hypothèse qui est le sujet, la substance de l’activité. Je vous renvoie au livre de Henri Poincaré, Science et Hypothèse, moins lu aujourd’hui que ce Popper, l’apôtre de la société ouverte dont s’est inspiré George Soros, , et qu’en dépit du tapage fait autour de lui, je considère, comme mon maître René Poirier(né en 1900)  qui était membre de l’Institut et longtemps titulaire de la chaire de Philosophie générale et de Logique, à la Sorbonne et un temps à Alger, puis au Brésil même, comme très superficiel.

Je suis sur ce point, comme de nombreux  professeurs de ma génération formés aussi à la véritable école allemande idéaliste après Kant, qu’il faut séparer la politique, science humaine, de la prétendue science exacte qui ne repose que sur des phénomènes. L’homme est fait pour agir avec sûreté dans le domaine pratique, celui de l’action sociale, ou morale, avec instinct et sensibilité, d’où la nécessité de cultiver ou préserver des dogmes religieux profonds, enracinables, alors que la mentalité plus orgueilleuse de Descartes au positivisme sous toutes ses formes, rationalise trop la vie publique et en fait crée un faux langage d’apparence mathématique ou même physique, sinon psycho-physiologique, pour imposer des conduites dénuées de sentiment, orientées vers un profit à court terme. Aujourd’hui nous avons des soi-disant valeurs économiques quantifiées, alors que nous sautons de faillites et faillites, que l’argent se déprécie, que le monde est saisi d’angoisse par incapacité de voir son propre présent : tout lui échappe.

2. Je vous répondrai donc que le politicien doit rester dans son domaine et prendre ses responsabilités :il doit offrir des certitudes fondées sur l’expérience, c’est cela être populaire ou démocrate, et le savant, comme tel doit se restreindre aux limites de son activité. Il manipule la nature et ne la dirige pas, alors qu’un politicien mène son peuple, tout comme un berger domine et guide son troupeau,sait prendre la décision qu’il convient,  a sa confiance. J’étais berger tout jeune, et de nombreux lecteurs ne me démentiront pas. Cette image du berger se trouve dans les penseurs, chez Platon, Heidegger, c’est un peu l’idée, je crois savoir, du khalifat. Le politicien est plus près d’Adam, le savant imite les Anges !

Il n’y a pas de raison d’imposer, comme on le fait dans les discussions « internationales » sur le développement durable, un statisticien ou un agronome qui ne connaît que des dimensions théoriques applicables, oui, mais qui sont trop générale, à la pratique paysanne, ou à l’opinion d’un artisan, d’un commerçant qui  a l’expérience du terrain., qui a la propriété de son travail, et donc le gère intimement, étant près des choses. L’opinion du savant s’impose, et se fourvoie quand il quitte le monde des coordonnées, des possibles pour entrer dans une réalité. Parler d’équilibre physique par exemple ou d’équilibre en matière de finance, a un sens très limité, variable, et donc dangereux à considérer comme un dogme. C’est l’appeil à l’expérience du corps social qui rend une démocratie réelle.

Prenez, je le dis comme Français qui connaît l’Europe germanique, nos grandes écoles imitées souvent ; elles n’existent pas en Allemagne ou en Autriche, car pour diriger une entreprise, il est d’usage, chez Siemens etc. de prendre un homme qui a connu tous les échelons de la société ; alors que chez nous quelqu’un qui a passé à vingt ans un concours en impose à des gens d’expérience. Regardez la différence : qui est « la locomotive de  l’Europe », le pays de l’Ecole polytechnique ? Ceci vaut dans le domaine de la pédagogie, où des commissions d’aveugles en imposent à de maîtres qui connaissent mieux les enfants ou les adolescents. Mais là encore..l’Agrégation n’existe pas au pays de Kant ! Les Algériens vivant en Europe auront fait la même observation !

Vous citez en effet le cas de l’intellectuel –terme qui date de l’Affaire Dreyfuss et était péjoratif, vous le savez, je le dis avec un peu d’ironie-  BHL ou d’autres experts qui ont une apparence de rigueur, mais ne sont que des orateurs, des flatteurs dont la science ne sert qu’à briser ou étouffer la sensibilité, celle qui fait voir immédiatement les choses comme elles sont. Je vous répondrai par la fin de votre intéressante question. On veut envelopper une réalité d’apparences trompeuses, ici c’est la théorie du climat où l’on veut à tout prix faire admettre un modèle physique très contestable, et qui l’a été par un des plus illustres spécialistes ; mais le type hybride du politicien-savant  mêle les deux faces, comme nos nouveaux coloniaux ont un masque humanitaire. Je continue dans cette voie.

Si l’on tenait compte de la réalité, par exemple en Libye, on faciliterait entre libyens une discussion familiale, au lieu de distribuer argent et armes, ou drogue aux excités à qui l’on fait miroiter la lune. La science du savant-politique est multiforme ; elle est sans domaine spécialisé ; c’est un discours qui s’adapte à son propre égoïsme, le dissimule, fait d’un démon un ange de lumière. C’est le cas du discours maçonnique : prenez l’exemple du traité qui a permis au foyer sioniste de se constituer en 1918, après la déclaration Balfour de novembre 1917 : c’est le traité de Versailles, ou la Paix de Versailles, premier traité international qui n’a pas invoqué la personne de Dieu : inouï dans l’histoire du monde civilisé. Chacun a découpé le monde, avec des experts, mais c’est devenu une injustice,  il en résulte encore un chaos, notamment dans la formation de l’entité sioniste devenue l’ennemie du monde et son parasite.

Vous me parlez en réalité de ces semi-savants, comme le mathématicien Pascal les nommait, en faisant allusion au Cartésiens qui se mêlaient de parler de tout, sauf des erreurs de Descartes en physique ; eh bien ces savants vous expliquent que Ben Laden a fait tomber des tours jumelles, et autre balivernes. Est-ce qu’il y croient ? Nullement, mais il y a un conformisme qui fait que l’on ne parle jamais des choses comme elles sont, mais de schémas, de modèles, jamais de la vraie nature.

4. Je fais une remarque : la formule de savoir est pouvoir est dans l’esprit cartésien en effet, mais est d’Auguste Comte. C’est la formule par excellence de l’esprit positiviste, de l’américanisme etc.du soviétisme avec ou sans « communistes », mais avec ses BHL!!; En  quoi, votre inexactitude historique est quand même une vérité morale ou psychologique, car Auguste Comte, cet ancien examinateur à l’Ecole Polytechnique,  et Descartes suivent un même voie ou déviation, celle de placer l’évidence scientifique à la place du sens commun,et d’y absorber tout ce qui est religieux, affectif, politique et moral; c’est l’esprit positiviste qui a fait créer chez nous l’Académie des Sciences morales et politiques, mettant les deux parts de cette activité au service des « idéologues », des « théoriciens de la connaissance » comme on entendait ce terme, il y a deux siècles.  etc.. Si nous avions dans les sciences  cette évidence avec la même simplicité que nous sentons la justice, les hypothèses ne se succèderaient pas. On cite bien sûr Newton qui prétendait : je n’imagine pas d’hypothèses, mais c’est un paradoxe pour attirer l’attention sur sa nouveauté.

En conclusion, il y a un respect de chaque état, ou condition, mais celle du savant n’est pas supérieure au politique qui s’occupe du soin de la nation ou d’un Empire comme coordination de nations, et c’est justement un défaut de la morale ou de la politique contemporaine que de se traiter comme une hypothèse toujours à revoir. C’est ainsi que l’on parle d’évolution de la morale, dans les ateliers maçonniques, et de la nécessité de plier le clergé ou les imams, à »la science » ; mais chacun se garde bien de dire ce que c’est que cette science.

Tout savoir est science, et les mathématiques n’ont pas le privilège de la rigueur : la main de l’artisan ou de l’artiste aussi, le courage du politique qui sait le moment opportun d’agir, du stratège qui guide une armée, aussi ! Et la matière humaine est proche de Dieu qui est « au-delà de l’Etre » toute majesté et toute puissance :  bien sûr, on parle de l’encre supérieure au sang, mais le sang appartient à l’organisme, et sans lui l’encre devient inutile ! J’espère n’avoir parlé qu’avec philosophie et vous remercie de cet entretien en souhaitant à votre pays de cueillir les fruits de tous ses sacrifices dont je fus témoin à Paris, au début des années soixante, quand j’étais à la Sorbonne.

Inutile de dire quelle est la place du chef dans la cité, celui qui a compris le sens du politique, humain et divin, alors que la science .est « trop humaine » et par là cache hypocritement des rêves de malsaine puissance, de manipulation du politique. Un mauvais, un faux  politique est visible, un faux savant ou un savant imposteur est plus difficile à tirer de l’ombre, même s’il clame qu’il aime les Lumières faites pour  aveugler le jugement logique commun à tous.

Jamouli Ouzidane

Algerienetwork

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